Interview au Med-IT 2009 : INEODEV (2/2)

Voilà deux jours que j’essaye d’approcher M. Hafri Younes, PDG de INEODEV, une jeune société algérienne spécialisée dans le développement Open Source, et ce n’est que le dernier jour du salon que j’ai pu le rencontrer dans le patio du palais, un premier contact très convivial et très instructif sur le parcours d’un entrepreneur algérien ambitieux et dynamique qui croit dans le mouvement Open Source. Quelques minutes avant la présentation qu’il devait faire sur Bee Linux Entreprise Édition, il a bien voulu échanger avec moi sur les perspectives de l’Open Source en Algérie :

DZShow : « Comment est née l’idée de se lancer dans l’Open Source en Algérie ? »

H.Y : « En 2005, nous étions une équipe de 3 doctorants en informatique à avoir fait nos thèses en France. Nous avions des spécialisations qui se rapprochaient, mes deux associés étaient spécialisés dans la GED et le traitement des gros volumes, et moi dans l’archivage de données. Nous nous sommes lancés un grand défi : pourquoi ne pas faire un moteur de recherche ? Les algorithmes de l’époque ne tenaient plus la route face aux gros volumes de données, nous avons eu l’idée de développer ces algorithmes et de les stabiliser pour les rendre mieux adaptés et plus efficaces face à ces volumes. Pour vous donner un ordre d’idée sur la technicité requise pour relever ce défis, je dirais que tout le monde peut faire un programme informatique, à peu près tout le monde peut faire un framework, un peu moins de gens peuvent faire un OS, très peu de gens peuvent créer un langage de programmation, et très rares sont ceux qui peuvent créer un moteur de recherche, c’est la raison pour laquelle il y en a très peu aujourd’hui. Une des alternatives libres connues actuellement est le moteur Lucene. »

DZShow : « Vous avez donc fait vos études en France ? »
H.Y : « Absolument pas, nous sommes tous diplômés de L’USTHB. Nous avons uniquement faits nos 3ème cycles en France. »

DZShow : « Vous avez fait quelles écoles ? »
H.Y : « L’Ecole Centrale/Polytechnique Nantes »

DZShow : « Qu’est-ce qui a vous amené a lancé votre activité en Algérie ? »
H.Y : « Nous avons rencontré beaucoup de difficultés au démarrage, surtout financières. Il y avait aussi des raisons personnelles et privées qui ont fait que nous avions laissé tomber. Nous avions un client et je ne voulais pas le perdre. J’ai alors décidé de continuer cette activité en Algérie tout en gardant mon client. Mes deux associés m’ont encouragé et nous avons trouvé un arrangement. »

DZShow : « Quand est-ce que vous avez démarré votre activité en Algérie ? »
H.Y : « Nous existons depuis 2007. Si vous regardez la map des développeurs Open Source, l’Algérie est grisée. Nous voulions montrer un peu comment on pouvait être acteur du monde libre en Algérie. C’est comme ça qu’est née INEODEV, du latin Ineo qui veut dire nouveau et renouveau, et dev pour développement. L’esprit d’INEODEV est donc de proposer une nouvelle façon de faire du développement. »

DZShow : « Vous avez parlé d’aspect financier tout à l’heure, est-ce que vous vous êtes adressé à des instances telles que l’ANSEJ ou l’ANDI pour profiter de certains privilèges financiers et/ou fiscaux ? »
H.Y : « Nous avons essayé l’ANSEJ et l’ANDI mais nous avons rencontré beaucoup de difficultés à leur expliquer notre projet. Ces structures ne sont pas assez au point en matière de NTIC. Le dialogue a été très difficile et n’a pas donné de résultat. »

DZShow : « Vous avez démarré seul ? »
H.Y : « J’ai monté l’affaire seul. Où vais-je trouvé les compétences, les bonnes compétences, je ne veux pas « d’ingénieur câblage » chez nous , vous savez, ces gens qui sont là à ne rien faire…(rire). Nous avons proposés des stages de fin d’études, au début on prenait un peu tout le monde vu qu’on avait vraiment besoin de ressources, mais au fil du temps nous avons commencé à affiner notre sélection. Nous travaillons également en étroite collaboration avec les chercheurs de l’USTHB et de l’INI (actuellement ESI). »

DZShow : « Combien compte votre effectif à présent ? »
H.Y : « Nous sommes environ 15 personnes. C’est une équipe jeune, nous n’avons aucun préjugé que ce soit sur l’âge ou l’expérience professionnelle ou autre… Nous avons des passionnés, et ce sont des algériens. J’ai visité l’Angleterre et la France, je peux vous dire que j’en ai vu très peu des comme ça. Vous même qui étiez en France, vous avez pu constater qu’il y a d’excellents éléments algériens dans les labos de recherches universitaires. »

DZShow : « Est-ce que les entreprises algériennes savent ce que c’est que l’Open Source, est-ce que les visiteurs qui viennent vous voir à votre stand savent ce que c’est ? »
H.Y : « “Malheureusement très peu. Ils ne savent pas trop ce que c’est, parfois ils nous disent “Ah oui, le truc qui ressemble à Windows là ?”

DZShow : « Quelle licence proposez-vous à vos clients quand vous livrez le code source ? »
H.Y : “Nous proposons nos logiciels sous la licence Mozilla, mais nous sommes prêts à les passer sous la licence BSD ou autres si cela est nécessaire. Je ne suis pas fan de la GPLv3, c’est ça GPL à lui (Richard Stallman)…(rires) »

DZShow : « Par rapport à nos voisins marocains et tunisiens, nous accusons un certain retard au niveau de l’offshore. Comment voyez-vous la situation vous qui justement exportez du software ? »
H.Y : « Nous passons par une phase fragile. Tous les clients que nous avons démarchés travaillent en Offshore, INEODEV propose du low cost, nous sommes moins cher que les indiens, moins cher que les marocains et les tunisiens, sans pour autant dégrader notre qualité de service qui reste très bonne. »

DZShow : « Les roumains commencent aussi à être important, surtout pour le marché français puisqu’ils parlent bien français »
H.Y : « Les roumains écrivent en anglais, très peu en français »

DZShow : « Comment voyez-vous l’avenir de l’Open Source en Algérie ? »
H.Y : « Une fois j’ai mis un petit bout de code sur Internet en demandant aux gens de l’améliorer, j’ai eu un développeur caché au fin fond de l’Algérie qui nous remis un code d’excellente qualité. Je pense que c’est très prometteur, les développeurs Open Source algériens sont bien là, il faut les motiver et les remercier pour le travail qu’ils font. Nous avons certes des contraintes économiques, tels que le coût du matériel. Je pense que la matériel devrait être donné gratuitement, c’est le soft qui compte le plus, sauf pour les applications très poussées. A INEODEV, nous produisons du soft clair, concis, rapide mais avant tout, simple à utiliser. Nous essayons d’éviter les usines à gaz logiciels (ex. Java, XML, et les frameworks autour) … »

DZShow : « Je pense qu’il faudrait créer une entité de type association pour la promotion et la diffusion de logiciels libres en Algérie. Qu’en dites-vous ? »
H.Y : « Absolument, mon rêve serait d’organiser un barbecue tous les derniers Jeudis du mois et d’inviter les jeunes chercheurs, les étudiants, les professionnels de l’Open Source pour discuter ensemble de façon décontracté sur différents sujets, proposer des idées, organiser des coding parties… Mais il nous faut des sous pour ça… »

DZShow : « D’où la nécessité de créer une association qui pourrait recevoir des subventions de l’état… Vous allez faire votre présentation de Bee Linux Entreprise Edition dans quelques minutes… J’aimerais conclure cet entretien par un petit questionnaire à la « programmers at work« , c’est d’accord ? »
H.Y : « Avec plaisir »

DZShow : « Quelles sont les technos que vous n’aimez pas »
H.Y : « J’aime pas Java (rire), j’aime pas XML, j’aime pas VI… J’adore Emacs »

DZShow : « OS ? »
H.Y : « J’aime bien Crux Linux, il est très léger, il n’a pas d’environnement graphique et pas d’utilitaires, Bee Linux avec son bureaux XFCE qui est je pense un bon compromis entre Gnome, KDE et le bureau de Windows »

DZShow : « Votre éditeur de texte préféré ? »
H.Y : « Emacs »

DZShow : « Quel navigateur utilisez-vous ? »
H.Y : « Lynx, Firefox 3, j’aime bien tout ce qui est webkit type Midori »

DZShow : « Votre philosophie de développement préférée ? »
H.Y : « KISS, je suis très Unix : le bon outil pour le bon problème. »

DZShow : « Qui est votre héros Open Source »
H.Y : « Pas Linus Torvalds c’est sûre… »

DZShow : « Ah bon ! pourquoi ? »
H.Y : « Je le trouve très arrogant… Je dirais Theo De Raat, développeur BSD et un des développeurs principaux de OpenSSH. J’aime trop Eric S. Reoberts »

DZShow : « Langages de programmation ? »
H.Y : « C, Python, Perl, Ruby, OCaml, Lua et Rebol »

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